Longtemps, la dette a servi à financer la guerre et les crises. Depuis les années 1970, l’endettement des États ne répond plus seulement au financement de ces événements exceptionnels. La dette structure désormais nos économies, nos politiques… et même nos imaginaires. Faut-il libérer la dette de l’idée de péché ? Le peut-on seulement ?
Contrairement à une idée reçue, l’endettement public est un phénomène relativement récent. Il est en effet essentiel de distinguer la dette d’un individu privé, fût-il prince, roi ou empereur, de celle contractée par une société dans son ensemble. Sous l’Ancien Régime, le trésor royal et le trésor du royaume étaient souvent confondus. La dette relevait alors d’un engagement personnel. Cette confusion comptable était même revendiquée par les mercantilistes, qui évaluaient la richesse de la nation à l’aune du trésor personnel du roi.
La véritable naissance de la dette publique coïncide avec celle de l’État-nation moderne, un moment où les individus, en tant que sujets ou citoyens, reconnaissent une entité transcendante – l’État – capable d’émettre des titres de dette en leur nom. Dès l’origine, cet instrument est donc étroitement lié à la confiance dans le pouvoir politique.
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Et si la dette publique servait d’abord à rendre les citoyens plus heureux ?
S’endetter pour la guerre
Pendant longtemps, la dynamique de la dette publique a obéi à un schéma relativement simple : un cycle de guerre et de paix. Les États s’endettaient pour financer des dépenses extraordinaires, en particulier les conflits, puis se désendettaient en période de paix, portés par la croissance économique ou l’inflation. Les exemples sont bien connus : la dette britannique dépasse 150 % du produit intérieur brut (PIB) après les guerres napoléoniennes, tandis que celle de la France excède 200 % à l’issue…
Auteur: Maxime Menuet, Professeur de sciences économiques, Université Côte d’Azur

