Faut-il s'organiser ?

Après plusieurs décennies d’impuissance politique des classes laborieuses, nous assistons, depuis le mouvement gilets jaunes de 2018, à une accélération et une radicalisation des tentatives de ripostes à la bourgeoisie et ses politiques. Cela crée un foisonnement de publications et de réflexions sur ce qu’il convient de faire pour parvenir à imposer un rapport de force durable et transformateur face à nos adversaires. Sortis ces derniers mois, trois ouvrages viennent répondre à cette question : pourquoi sommes-nous si en colère mais encore si peu à même de contraindre la classe dominante à cesser de nous opprimer ? Que convient-il de mettre en œuvre pour y parvenir ? Alors que le mouvement du 17 octobre est venu ébranler la paix oppressante imposée d’en haut, et que le pouvoir, momentanément pris par surprise, tente de reprendre la main, on peut se demander si les injonctions traditionnelles de la gauche – à s’organiser, à rejoindre les partis et les syndicats, à sortir de la spontanéité et des mouvements sociaux éphémères – sont encore pertinentes maintenant que l’époque contemporaine prend fin. Faut-il s’organiser ? Et comment ? 

L’engagement à l’heure de “l’hyperpolitique”

L’historien belge Anton Jäger a publié en 2023 un livre à succès international, Hyperpolitique, qui vient d’être traduit en Français. A partir de références politiques et littéraires variées, il entreprend de dresser une chronologie des formes dominantes de rapport à la politique, en occident, depuis le début du XXe siècle. Il distingue quatre grandes périodes : le XXe siècle se caractérise globalement par l’ère politique de la masse, qui comporte un rapport totalisant à la politique, dont le symptôme principal est la place que prennent les partis politiques et l’aspect communautaire du rapport des individus à la politique. Ces partis jouent alors un rôle immense dans le quotidien des gens, comme de nombreuses…

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Auteur: Nicolas Framont