« Faut qu’on parle » : « Doit-on débattre avec tout le monde ? »

À la question « Peut-on rire de tout ? », l’humoriste Pierre Desproges répondait : « Oui, mais pas avec tout le monde. » C’était une époque où l’on craignait la contamination des idées extrêmes. Les temps ont changé, on ne peut plus se contenter de refuser de débattre par peur de se laisser contaminer.

Pour autant, ne faut-il pas être vigilant sur le choix de ses interlocuteurs avant de s’engager dans un débat ? Débattre avec tout le monde, n’est-ce pas donner la publicité à des gens qui ne demandent que ça et ne le méritent pas ? Les raisons de ne pas débattre avec n’importe qui peuvent être d’ordres différents et de valeurs inégales. Examinons-en quelques-unes.

Ceux avec lesquels on sait d’avance qu’on n’est pas d’accord, par peur du conflit. Cette raison est certainement la plus faible. Mais elle est la plus répandue. La peur du conflit, l’envie d’avoir l’assentiment des autres, nous fait préférer le confort de l’entre-soi plutôt que la confrontation que requiert le débat contradictoire. Pourtant nombre de philosophes ont montré que pour discuter, il fallait ne pas craindre la dispute, avec l’énergie guerrière que parfois elle requiert.

Combattre de l’intérieur

C’est le sens même de la polémique, qui vient du grec polemos et désigne la poursuite du combat par les armes des mots plutôt que par la violence physique. Ainsi Socrate n’hésitait pas à sortir « la torpille » de son argumentation face aux sophistes. Il est certes plus aisé de combattre l’ennemi quand il est extérieur à son propre camp, que lorsqu’il est à l’intérieur.

Chacun sait que les débats les plus difficiles à mener sont au sein de sa propre famille de pensée, car on vous accuse alors d’être un traître ou de porter atteinte à l’unité de la communauté. Le courage de Bernanos durant la guerre d’Espagne fut de dénoncer les exactions commises par son…

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