La Croix : Quand avez-vous échangé pour la dernière fois avec quelqu’un aux positions radicalement opposées ?
Marine Tondelier : Il y a une heure, car cela fait partie de mon quotidien : j’ai toujours cherché à discuter avec tout le monde. Ce midi, j’organisais au siège des Verts un live sur le Mercosur avec Didier Giraud, l’éleveur emblématique de l’émission « Les grandes gueules » sur RMC. Nous avons de nombreux désaccords, mais plutôt que de s’en tenir à ça, j‘ai trouvé intéressant de travailler sur ce qui peut nous rassembler. Nous avons d’ailleurs listé des « convergences des luttes » entre agriculteurs et écologistes : le refus de l’artificialisation des terres agricoles, des revenus plus justes pour les paysans, davantage de produits locaux dans la restauration collective… Bref, à la fin, on était d’accord sur beaucoup de choses, et j’espère que ceux qui ont assisté à l’échange en ont tiré matière à réflexion.
François-Xavier Bellamy : Moi, c’était aussi ce matin et aussi sur le Mercosur, mais j’ai vécu un résultat inverse ! J’ai été appelé par un collègue de mon propre groupe parlementaire, d’un autre pays européen, qui défend le traité et avait vu que j’avais passé une partie de la nuit avec les agriculteurs pour les soutenir. Et j’ai fait l’expérience d’un désaccord réel avec une personne pourtant du même bord politique que moi. C’est comme cela que l’on fait avancer les causes que l’on défend, même si les désaccords les plus difficiles sont souvent ceux qui divisent une même famille politique.
Avez-vous déjà fait l’expérience d’une impossibilité totale de débattre ?
F.-X. B. : Rarement. Le principe de la vie démocratique, c’est d’accepter que la politique doit faire avec le clair-obscur du réel. Chacun a la responsabilité de servir le bien commun, mais le chemin pour le trouver ne relève presque jamais de l’évidence….
Auteur: Recueilli par Béatrice Bouniol et Bernard Gorce

