« Faut qu’on parle » : (ré)apprendre l’art de la conversation

« Dans la conversation, l’attention à l’autre est centrale »

Ali Benmakhlouf, philosophe et professeur à l’Université Mohammed-VI Polytechnique et membre honoraire de l’Institut de France

La Croix L’Hebdo : Beaucoup de nos lecteurs vont bientôt entrer en conversation avec des inconnus qui ne pensent pas comme eux. Qu’est-ce qui distingue la conversation des autres types de discussions ?

Ali Benmakhlouf : La conversation n’est pas une démonstration, où l’on discute d’un sujet précis en avançant des arguments pour convaincre. Elle se distingue aussi du bavardage où l’on parle, non pas pour ne rien dire mais « en semant des paroles au vent », selon l’expression de Saint-Simon, c’est-à-dire où l’on parle pour parler.

La conversation consiste à parler pour exercer l’esprit. Elle ne privilégie pas de sujets en particulier. Elle est « à bâtons rompus », parce que notre esprit, dans une conversation, se plaît au parler décousu. Et comme notre esprit est incarné, la conversation se caractérise par un ton, des gestes, des attitudes, une disposition dans l’espace… Tout cela participe de la discussion. Dans la conversation, on parle « à propos et hors de propos » à la manière de Montaigne dans ses Essais. C’est ce qui donne à la conversation une souplesse qui instruit de manière oblique, l’air de rien.

La conversation est aussi, à un second niveau, plus profond, un « commerce » – comme encore dit Montaigne – qui tisse la relation entre les humains. C’est la conversation qui fait tenir les humains ensemble par la parole.

Comment se préparer à converser avec quelqu’un dont on sait qu’on ne partagera pas le point de vue sur bien des choses ?

A. B. : En étant…

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Auteur: Recueilli par Élodie Maurot, Olivier Tallès et Stéphane Bataillon

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