Si l’on se fie au baromètre compassionnel du moment, nous serions plus enclin.es à nous apitoyer sur le sort de ceux, pauvres ou riches, qui ont tout perdu mais ont survécu aux incendies ravageant les quartiers résidentiels de la cité des anges déchus que sur les Mahorais.es. À Mayotte, bon nombre ont perdu leur toit de tôle et n’ont toujours pas d’eau courante et potable. Désormais, de cyclone en tempête, iels n’osent plus espérer que leur État les secourt enfin. Et moins encore sur la population de Gaza, livrée à son colonisateur.
Los Angeles est un immense brasier, voilà qui accapare notre attention et épuise nos émotions. Il n’en reste plus guère pour les autres, si loin, si différents, emportés par l’inexorable emballement médiatique. C’est, je suppose, la parfaite expression de ce qu’on appelle le rêve américain qui nous émeut tant : un mirage, gagné sur le désert, l’absence d’eau, la faille séismique menaçant de tout engloutir, au prix d’inégalités criantes jusque dans les suites des incendies, urbanisme tentaculaire au service d’un mode de vie délirant jusqu’à ce que le dérèglement climatique détruise au gré du vent.
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LA est un mirage aux nombreux émules sur la planète qu’il est déjà prévu de reconstruire avec quelque 50 milliards de dollars des compagnies d’assurances et l’aide de l’État fédéral. Un tel empressement n’est pas près de bénéficier, au hasard, aux Mahorais, aux Kanaks ou encore aux Gazaoui.es qui vivent dans et meurent sous les décombres de leur prison à ciel ouvert érigée depuis près de 20 ans, pour ne parler que de la dernière phase de la Nakba.
Au prisme du féminisme carcéral, voulu pour punir en désignant ses…
Auteur: Nacira Guénif

