Et si le danger, pour les féminismes, ne venait pas seulement de leurs ennemis déclarés, mais de l’intérieur ?
La civilisatrice, la prohibitionniste, la femme flic, la girlboss, la féministe anti-avortement, la fémelliste — et, traduites ici, la suprémaciste blanche du Klan et la pornophobe carcérale : voilà quelques-unes des figures que Sophie Lewis exhume dans Enemy Feminisms, pour montrer une chose dérangeante : le féminisme peut être – et a massivement été – au service du patriarcat, de l’État carcéral et de la blanchité.
Ce que Lewis oppose à ces féminismes ennemis, ce n’est pas un féminisme plus pur, mais un féminisme qui arrête d’être amnésique de son propre passé problématique : un féminisme matérialiste, qui s’efforce, contre ses propres pires tendances, de revenir sans cesse au genre comme un rapport social produit sous condition capitaliste. Là où les féminismes ennemis cherchent des cibles à abattre (les travailleuses du sexes, les personnes trans, les « violeurs » non-blancs, « le » pénis), le féminisme prolétaire et communiste vise le mode de production lui-même qui rend les vies féminisées impossibles. C’est un féminisme qui refuse d’être ’du côté des femmes’ (comme s’il y avait une telle chose que ’le côté des femmes’) et préfère tracer des lignes d’affinité plutôt que d’identité.
Sophie Lewis est géographe et théoricienne féministe. On lui doit notamment Pour en finir avec la famille (Hystériques & Associées, 2025), un manifeste pour l’abolition de la famille et la communisation du soin. Enemy Feminisms, dont sont traduits les deux extraits qui suivent, prolonge l’enquête : c’est en partant du travail reproductif que l’on cesse de naturaliser le genre — et que l’on apprend à ne plus confondre nos proches avec nos camarades.
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Auteur: dev

