Femmes : faire corps ensemble contre les politiques de discipline

La colonisation s’intéresse immédiatement au corps des colonisé·es. Les descriptions des vêtements, des sexualités, des marquages sur le corps de rites de passage, de ceux qui entourent naissance et mort, de pratiques de soin et de reproduction situent rapidement ce corps sur une échelle de distance avec ce que l’Occident déclare être un signe de civilisation.

La colonisation renforce la division raciale entre propre et sale, inodore et malodorant, qui, en Europe, sépare les chrétien·nes des Roms, des juives et des juifs. L’ordre bourgeois du XIXe siècle colonial racial consolide cette division. Corps, environnement, animaux et plantes sont répartis entre civilisé et non-civilisé, justifiant des politiques hygiénistes qui construisent un racisme olfactif et corporel, et une urbanisation coloniale. On sait pourtant que, longtemps, les capitales des plus grands empires coloniaux du XIXe siècle, Londres et Paris, seront connues pour leurs odeurs nauséabondes et leur manque d’hygiène. 


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La politique coloniale suit de près la reproduction sociale – qui a le droit d’avoir des enfants et de les élever –, quelles sexualités sont autorisées, et interdit langues, cultures, rites, manières de se vêtir et de s’orner, tout en expropriant formes, tissus, bijoux pour se parer.

Corps à exploiter

La reproduction elle-même ne peut être pensée en dehors des transformations locales et globales du capitalisme racial. Aux États-Unis, l’institution de l’esclavage repose avant tout sur le travail reproductif gratuit des femmes noires esclavisées alors que, dans les colonies esclavagistes européennes, cette reproduction repose surtout sur la traite ; mais,…

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Auteur: Françoise Vergès

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