Villers-Saint-Paul (Oise), reportage
Est-ce par pudeur, par désarroi ou pour respecter un mot d’ordre passé en interne ? Devant le petit parking de l’usine Chemours, à Villers-Saint-Paul (Oise), les salariés déclinent chacun leur tour les questions de journalistes. « On est un peu sous le choc, tout est tellement compliqué », s’excuse un des 59 salariés, sonné par la fermeture surprise de cette usine.
Ils y fabriquaient des éléments pour mousse anti-incendie, des répulsifs et des produits surfactants. « On se pose pas mal de questions, dit un autre, nous savons que nous avons été exposés aux polluants éternels, mais la prise de conscience est très récente, nous n’avons aucun recul. »
« Ils vont devenir plus chers à fabriquer et plus difficiles à vendre »
L’actionnaire étasunien de cette multinationale de la chimie a surpris tout le monde en décidant de changer brutalement de stratégie. Chemours a enterré un projet de développement dans le domaine de l’hydrogène, pour lequel une subvention de 800 000 euros lui avait été accordée par la région Hauts-de-France, et plie bagage.
Et ce avant que ne se déploie la réglementation sur les PFAS, ces « substances per- et polyfluoroalkylées » également appelées « polluants éternels », utilisées dans sa production. Avant, aussi, qu’un diagnostic ne soit déclenché sur le risque auquel ses salariés ont été exposés et sur la pollution de l’eau, de l’air et de la terre alentour dont pourrait être responsable l’entreprise.
« C’est une décision économique prise à l’échelle mondiale. Nous abandonnons les produits surfactants, parce qu’ils vont devenir plus chers à fabriquer et plus difficiles à vendre », nous indique une source à la direction de Chemours.
Refus de financer des prises de sang
La période de trois mois de négociation sur le plan social a débuté en secret fin janvier, avant que la nouvelle ne…
Auteur: Erwan Manac’h

