Avant de commencer, imaginez qu’un syndicaliste en grève s’empare d’un autocar de plusieurs tonnes et fonce sur son patron. Imaginez que la scène soit filmée, et que le patron soit percuté. Tous les médias ne parleraient que de cela, ils qualifieraient l’acte de «terroriste», la classe politique serait au chevet du chef d’entreprise, la répression serait féroce.
C’est exactement ce qu’il s’est passé aujourd’hui dans la banlieue de Reims, sauf que ceux qui ont failli être écrasés sont les grévistes, et que l’auteur de l’attaque est le patron. Personne n’en parle en-dehors de la presse locale. Quant au chef d’entreprise chauffard, il est déjà libre.
Il est 10 heures le mardi 1er septembre à Bezannes, dans la Marne. Les ouvriers du groupe Dewitte, qui gère des bus touristiques et des ambulances, sont en grève. Sur le piquet installé par la CFDT, devant l’entreprise, ils et elles réclament le retrait des caméras imposées dans tous les véhicules, qui «filment les salariés quand ils travaillent et les enregistrent, de même que les clients». Une méthode de patron voyou qui veut fliquer ses salariés. Les grévistes veulent aussi être payés pour les heures de nuit, et non pas recevoir des «repos compensateurs» à la place : ils exigent un planning qui «respecte la loi». Leurs horaires leur sont annoncés la veille au soir pour le lendemain à l’aube, empêchant toute vie familiale et repos. Enfin, ils réclament des salaires décents. Jusqu’ici, on ne peut que soutenir ces revendications.
Mais elles sont inacceptables pour le patron, Laurent Dewitte, bien décidé à écraser le mouvement. Il a d’abord recruté un chauffeur non gréviste pour briser la grève. Jadis, on appelait ça un «jaune», un traître à sa classe. Puis il tente littéralement de rouler sur le piquet de grève. Alors que les salariés se trouvaient devant le portail du site, Dewitte monte dans un autocar de…
Auteur: B
