Ferrero, Buitoni, Lactalis : les géants de l'agroalimentaire « se croient tout permis »

Dans les œufs Kinder… une très mauvaise surprise. Plus de 150 cas de salmonellose ont été détectés dans neuf pays européens : les malades, principalement des enfants, ont tous mangé des friandises produites par Ferrero. Dans la foulée, la multinationale italienne a vidé les rayons des supermarchés de ses produits chocolatés – « des centaines de milliers de tonnes » rien qu’en France, selon le service presse de l’entreprise, joint par Reporterre. L’usine à l’origine de la contamination, située à Arlon, en Belgique, a été contrainte à la fermeture par les pouvoirs publics. À quelques jours de Pâques, c’est un scandale dont Ferrero se serait bien passé.

Après le rappel massif de pizzas congelées de la marque Buitoni (groupe Nestlé) qui ont entraîné cinquante contaminations en France par la bactérie Escherichia coli (E. coli) et le décès de deux enfants, du fait des salmonelles de Ferrero, Lactalis a dû à son tour rappeler 24 000 fromages au lait cru soupçonnés d’être infectés par la listéria. Cette série noire tient-elle de la simple – et dramatique – coïncidence, ou révèle-t-elle les failles des géants de l’agroalimentaire ?

Une course néfaste à la rentabilité

« On n’est pas du tout étonnés que ces accidents arrivent, soupire Maryse Treton, secrétaire de la Fédération nationale agroalimentaire – CGT. Ces industriels cherchent avant tout à tirer un maximum de profits. Or il est évident que la rentabilité et la sécurité alimentaire ne vont pas ensemble. » La syndicaliste décrit des conditions de travail dégradées et des « cadences infernales » : « L’objectif, c’est de diminuer tous les temps qui ne sont pas de la production. La maintenance préventive, le nettoyage sont souvent réduits au strict minimum. » La qualité des matières premières et les contrôles sanitaires feraient aussi les frais de cette course au prix bas. Selon le Canard enchaîné, lors de leur visite de l’usine de Caudry (Nord) où sont fabriquées les pizzas Fraîch’Up de Buitoni, les autorités publiques ont ainsi noté, le 1er avril, « de nombreuses anomalies graves en matière de nettoyage et d’entretien des locaux et matériels », avec notamment « la présence de rongeurs au niveau de l’atelier boulangerie »« Ils tirent sur toutes les cordes, donc fatalement, ça finit par casser », tranche Mme Treton.

« Des rongeurs au niveau de l’atelier boulangerie »

Ces grands groupes « sont si puissants qu’ils se croient tout permis », accuse…

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Auteur: Lorène Lavocat (Reporterre) Reporterre

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