Parmi les meilleurs souvenirs que gardent les plus anciens spectateurs du théâtre de l’Archevêché figurent des œuvres de Jean-Philippe Rameau. Cet été, ils vont certes retrouver ce « compositeur essentiel » – selon les termes même du chef Raphaël Pichon – (1) mais dans un opéra… « inexistant ».
Car si un Samson, ouvrage en cinq actes précédés d’un prologue, fut bien composé par le musicien en collaboration avec Voltaire en 1734 et révisé deux ans plus tard, sa diffusion ne dépassa jamais un cercle très restreint avant d’être empêchée par la censure. Seul demeure le livret, publié en 1746. La partition quant à elle disparut, hormis quelques pages que le compositeur réutilisa dans certaines de ses créations suivantes (2).
Un livret réinventé
Aujourd’hui, les deux artisans du spectacle aixois, Raphaël Pichon et Claus Guth, ont choisi non de la restituer mais de la réimaginer en l’actualisant – on conçoit le parti qui pourrait être tiré de la localisation à Gaza des prouesses de Samson – et l’exacerbant. Ils abandonnent ainsi la lettre de son livret et renoncent à utiliser systématiquement la musique reprise par Rameau dans ses partitions ultérieures.
De nouveaux personnages entoureront le héros biblique, notamment un second rôle féminin « rival » de Dalila et, confié à une voix de haute-contre, un compagnon pour Samson. L’action se resserrera sur le tragique, voire la violence, des vicissitudes d’un héros que sa force physique rend paradoxalement solitaire et vulnérable. Toute pause de détente sera exclue, comme se verront abandonnées les traditionnelles figures de la mythologie antique qui agissaient en sous-main. Car le projet est de mener à leur terme les germes réformateurs clairement envisagés par Voltaire. « Mon poème de Samson est plutôt une faible esquisse d’une tragédie dans le goût des anciens avec des chœurs qu’un opéra avec des fêtes. (…) Je…
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Auteur: Emmanuelle Giuliani

