Paris, reportage
« Je m’en fiche, je ne comprends rien, ce que je sais, c’est que j’attends un bus depuis plus de vingt minutes ! » Veste colorée sur les épaules, Betty, qui ne fait pas du tout ses 80 ans, se fiche bien de ce qui se passe derrière son dos. Deux jeunes filles sont en train de recouvrir le joli minois de Natalie Portman — en effigie d’une grande marque de parfum — avec une affiche confectionnée spécialement pour les Jeux olympiques. « Hotter, dirtier, deadlier, together », (plus chaud, plus sales, plus mortel, ensemble !). « Pourquoi est-ce en anglais ? C’est dommage, on ne comprend pas », regrette Betty, un peu désabusée.
Mercredi 24 juillet au soir, une vingtaine de militants de Résistance à l’agression publicitaire (RAP) ont déambulé dans Paris, rouleaux d’affiches « arty » sous le bras pour recouvrir les publicités des sponsors des JO (mais pas que) des abribus parisiens. « On nous répète que ce sont des jeux sobres mais ils sont financés par les plus gros pollueurs de la planète », signale Thomas, référent du groupe qui cible les arrêts de bus du 20e arrondissement.
D’autres groupes se sont disséminés dans Paris avec des rouleaux d’affiches réalisées par le collectif Brandalism. Celles-ci détournent la devise olympique, dénoncent le greenwashing assumé des sponsors officiels ou l’accaparement de l’espace public par des publicités mensongères. Dans le viseur : les pubs spéciales JO de Coca-Cola, de Heineken, Toyota ou Dior…
« Un peu de dissonance » dans l’autosatisfaction des organisateurs des JO
Chaque commando se compose de quatre personnes, dont deux guetteurs : « Il faut éviter d’attirer l’attention des chauffeurs de bus, vérifier la présence de policiers et donner l’alerte si besoin. » Avec leurs clefs Allen, Cyrille et Chat, respectivement 25 et 21 ans, essaient d’ouvrir les panneaux publicitaires des abribus. S’y reprennent à…
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Auteur: Laure Noualhat, Mathieu Génon

