Fjord est bien un film réactionnaire

Le film de Cristian Mangiu s’organise autour d’une critique légitime. C’est celle de l’usage des valeurs progressistes, notamment sur les questions de genre, de sexualité, de violences faites aux enfants, à des fins racistes. Dans le film sont en cause des Norvégiens de classe moyenne, progressistes, pro LGBT, se prévalant de ces mêmes valeurs progressistes pour stigmatiser une famille roumaine accusée d’être conservatrice.

À partir de cet angle d’attaque, on suivra avec intérêt l’intrigue de Fjord : les tribulations d’une famille très religieuse venue de Roumanie, qui s’installe en Norvège avec ses cinq enfants, et se trouve prise dans l’oeil du cyclone de l’aide sociale à l’enfance, qui soupçonne des violences commises par les parents.

Deux bleus entraperçus sous un vêtement à l’école déclenchent un signalement le jour même. La police extorque au père des aveux. Les enfants, y compris un nourrisson allaité, sont enlevés illico à la famille. Et, pour couronner le tout, les parents sont menacés d’aller prison.

Tout souligne le côté expéditif et inhumain : l’enchainement implacable des événements, les larmes de la mère, le désespoir du père, le renvoi rituel aux « procédures » par des femmes de l’administration puissantes, insondables, froides. À l’image du paysage norvégien dans lequel prend place l’histoire, avec ses fjords menaçants, sa lumière grise omniprésente, ses rares rayons de soleil.

Les fameux bleus viennent-ils des coups parentaux ? On ne le saura pas.

Que la « vérité » ne soit pas dévoilée interroge. Mais ce qui pose surtout problème, c’est que la question disparaît dans les eaux glacées du grand nord. Et que ce n’est tout simplement plus le problème. La trame qui s’installe et s’impose jusqu’à requérir toute l’attention, se déplace vers la violence exercée par la machine bureaucratique (occidentale), ses effets sur les protagonistes…

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Auteur: Sylvie Tissot