Nicolas Moreno est rédacteur en chef de la revue de cinéma Tsounami et auteur d’un livre récent et remarqué sur les frères Safdie intitulé New York, les Safdie et Uncut Gems. Pour Frustration, il livre son analyse du film Fjord.
Sacré Palme d’Or au Festival de Cannes en mai dernier, Fjord arrive sur les écrans français ce mercredi 19 août. Sous les couverts d’un film d’auteur européen qui traiterait avec nuance d’un choc des cultures entre une famille roumaine et le village norvégien où elle emménage, Cristian Mungiu reproduit surtout le discours centriste (et creux) qu’il entendait critiquer.
Cinéaste roumain apparu sur la scène internationale au début des années 2000 avec des films sociaux particulièrement chargés (Au-delà des collines, Baccalauréat…), Cristian Mungiu remporta une première Palme d’or en 2007 avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, dans lequel une étudiante tentait de se faire avorter avec sa colocataire dans la Roumanie de Ceaușescu. Fjord, son septième film qui lui valut une seconde Palme, sort cette semaine dans les salles françaises. On y suit la famille Gheorghiu, qui part de Roumanie pour s’installer dans un petit village norvégien, avant que les autorités ne leur retirent la garde de leurs quatre enfants, en raison de bleus découverts à l’école sur le corps de leur fille Elia. S’enclenche alors une procédure juridictionnelle remettant en cause l’éducation religieuse des Gheorghiu…
Crédit : Fjord, Le Pacte
Fjord est littéralement une carte postale. Recto : un premier plan impassible et à la majesté tranquille, dominé par un haut roc norvégien drapé d’une centaine de nuances de bleus. Verso : les 2h25 restantes remplies d’intentions asphyxiantes, qui n’ont d’autre projet esthétique ou politique que d’égratigner la surface lisse de l’image première, et des apparences progressistes que société d’Europe du Nord suppose. Une famille roumano-norvégienne…
Auteur: Nicolas Moreno
