Avec son crâne nu et ses phrases choc, elle a été la figure de la mobilisation contre la loi Duplomb. Fleur Breteau, cofondatrice du collectif Cancer Colère, sort un livre du même nom vendredi 6 février (éditions du Seuil). Elle y raconte comment elle en est venue à défendre cette idée forte : « Le cancer est politique. » Un combat toujours autant d’actualité alors que le sénateur Laurent Duplomb vient de déposer une nouvelle proposition de loi visant à contourner la censure du Conseil constitutionnel et l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes.
Lisez ce grand entretien, que vous pouvez aussi écouter intégralement sur une plateforme de votre choix… ou regarder en vidéo.
Reporterre — Fleur Breteau, est-ce que vous allez bien ?
Fleur Breteau — Pour être honnête, j’ai un système immunitaire qui est bas, donc je suis tout le temps un peu malade ; j’ai commencé l’hormonothérapie et j’en ai pour sept ans. Mais ça va. Je suis portée par le collectif et par mes proches, donc j’ai beaucoup de chance.
Comment est née votre colère ?
Le jour où j’ai eu le diagnostic de ce deuxième cancer, je ne m’y attendais pas du tout. Et quelques heures plus tard, un de mes plus proches amis décédait de son cancer. Donc c’était dur. J’ai été traitée dans un très grand centre contre le cancer, l’institut Gustave Roussy en région parisienne. Et là, j’ai croisé plein de gens malades, et j’ai été stupéfaite par les personnes que je croisais dont beaucoup étaient trop jeunes pour être là. À moins de 30 ans ou de 15 ans, avoir un cancer n’est pas normal.
Quand on est en chimiothérapie, on attend longtemps et on discute avec les personnes. Ça a changé beaucoup de choses pour moi. Très vite, on discutait des causes, de comment on vivait la maladie, de notre rapport à elle et aux traitements. Il y avait une unanimité sur le fait qu’on est empoisonnés. Ça a commencé à me…
Auteur: Hervé Kempf

