Fleur Breteau est la fondatrice et porte-parole du collectif Cancer Colère, qui réunit des malades, leurs aidants, des ex-malades, des personnes exposées au risque du cancer, soit tout un chacun. Ce collectif souhaite un moratoire européen sur les pesticides et les engrais de synthèse ainsi qu’un soutien technique et financier pour les agriculteurs engagés dans une transformation agroécologique.
J’imagine que les malades du cancer et les aidants sont traversés par beaucoup d’émotions. Pourquoi la colère a-t-elle gagné chez vous ?
Fleur Breteau : J’ai longtemps eu un sentiment d’impuissance face au cancer : lors de mon premier cancer du sein, face à mes proches qui ont eu des cancers, face à la mort d’un de mes meilleurs amis… Avec mes amis, on en rigolait quand même, on appelait ça le « Cancer Comedy Club ». Mais, avec mon deuxième cancer, ce n’était plus pareil : j’en ai eu ras le bol, et j’ai commencé à parler aux malades autour de moi. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander ce qu’ils faisaient là, qui, dans le groupe, était atteint d’un cancer : la femme âgée ou le jeune de 20 ans ? Quand on croise de plus en plus de personnes concernées d’à peine 30 ans, des mouflets au crâne chauve et des gamins en poussette, ça bouscule.
Quand j’ai vu tous ces élus se réjouir d’avoir voté pour la loi Duplomb, la colère a jailli.
Puis, l’an dernier, quand j’ai vu tous ces élus se réjouir d’avoir voté pour la loi Duplomb, la colère a jailli. Toutes mes peurs liées à la solitude face à la maladie, à la perte de mon emploi, à la mort se sont cristallisées, comme si j’étais une super-héroïne. Cette colère est finalement très saine. C’est le sentiment d’impuissance qui fait moisir nos émotions et est néfaste dans le parcours thérapeutique. Ce sentiment empêche l’action envers soi-même, envers ses proches, ainsi que…
Auteur: Vanina Delmas

