Après Idées pour retarder la fin du monde et Futur ancestral, voici donc le « gros morceau » de cette trilogie : Le Réveil des peuples de la Terre. Alors que les deux premiers titres ne comptaient respectivement que soixante et quatre-vingts pages, celui-ci en compte trois cent dix. Il s’agit de la traduction du livre Encontros, édité en 2015, et qui réunit des entretiens donnés par Ailton Krenak entre 1984 et 2013, complétés par un entretien réalisé en 2022 plus une postface de l’anthropologue brésilienne Els Lagrou qui vient actualiser, en quelque sorte, la préface écrite pour l’édition originale brésilienne par son collègue Eduardo Viveiros de Castro.
Ce troisième opus, lui aussi publié chez Dehors, ne tire pas son importance du seul nombre de ses pages. Il est important parce qu’il expose la lutte au long cours menée par les indigènes au Brésil pour la décolonisation. Au fil de ces pages, on comprend mieux pourquoi Eve Tuck et K. Wayne Yang affirment que « la décolonisation n’est pas une métaphore ». Commençons par citer quelques mots de la préface (rédigée en 2014) de Viveiros de Castro :
Le gouvernement récemment élu [du Parti des Travailleurs (PT), avec Dilma Roussef qui avait succédé à Lula da Silva à la présidence de la République], après s’être montré, durant ces quatre dernières années, ouvertement hostile aux peuples brésiliens – aux peuples indigènes en premier lieu, mais pas seulement à eux – qui résistent encore à l’appareil de capture de l’État et à la machine écocidaire de l’agro-industrie et des mégaprojets d’« infrastructures », se renouvelle aujourd’hui en choisissant quelques-uns des plus infâmes ennemis des Indiens pour l’un de ses ministères. Ce choix, parmi bien d’autres, trahit l’impuissance essentielle – ou serait-ce de l’incompétence ? ou de l’hypocrisie ? – du projet gouvernemental en place depuis douze ans. À quoi…
Auteur: dev

