Dans ce troisième volet de Focus Blocus, Arthémis Johnson évoque ses correspondances avec des Gazaouis, pense la Comtesse de Ségur et à ce que cela signifie de vivre dans un territoire où toutes les bibliothèques ont été rasées ou pulvérisées.
Toute la petite équipe est dispersée. Il y a F qui est à D*** et qui vit dans une pièce. Je ne sais pas si elle est seule ou si elle est avec son père. Il y a N et H qui sont à N***. N m’écrit que les conditions sont très difficiles. Elle m’écrit les conditions sont extrêmement difficiles. Il n’y a pas d’électricité, très peu d’eau, l’accès à Internet est très instable, et les bombardements ne cessent jamais. Mon petit H essaie de sourire, mais même son innocence ne comprend plus ce chaos autour de lui. Le petit H, c’est son fils. Je crois que H et N attendent un autre enfant. Je n’ose pas penser à ça. Les bombardements sur la ville, les tracts jetés du ciel sur leur tête dans la mer pour dire de partir, les immeubles en ruine, tout le monde sur la route. J’ai fait la connaissance avec N à coup de petits messages il y a six mois environ. Une fois j’ai cru qu’elle flanchait et je lui ai demandé de m’écrire, je lui ai dit que je conserverai tout ce qu’elle m’écrirait désormais. Et elle m’a écrit effectivement : elle m’a écrit qu’elle ne flancherait pas.
Memento blocus.
Ils ne flancheront pas. Je sais que Marie, elle, discute beaucoup avec S qui est aussi une très jeune fille. Une très jeune fille qui s’occupe d’un nombre invraisemblable de gamins auxquels elle fait la classe. Des images absurdes de la Comtesse de Ségur flottent quand Marie dit ça, ça tient au petit ton spécial qui est celui de Marie quand elle parle, un ton qui est un ton de légère duchesse. Malheureusement, Madame de Fleurville des Malheurs de Sophie n’arrive jamais dans Gaza avec sa petite maison toute équipée pour tous ses bons pauvres qui crèvent de…
Auteur: dev

