On marche dans une forêt humide. Il pleut. Deux hommes en Kway noir regardent les arbres, ils entourent un pin avec un bout de ficelle. Leurs mains manipulent un petit branchage, qu’ils observent. On marche. Une voix douce murmure, au long du bruit des pas sur les feuilles craquantes : « La forêt pourrait demeurer ce désordre charmant, mais nous venons y chercher un front, nous voulons avancer, prendre du terrain, n’importe lequel, il sera terre libérée… Nous découvrons les pièges, les murmures et les sortilèges, l’ombre et l’invisibilité. Ce n’est pas un refuge que nous avons trouvé, mais une arme, un territoire. »
Avec Forêt rouge (1 h 45), ce n’est pas un film documentaire qu’a voulu faire Laurie Lassalle, si l’on entend par documentaire la relation précise, journalistique, d’une situation et d’une histoire. C’est un ressenti poétique, une élégie, c’est-à-dire un poème mélancolique, qui restitue l’atmosphère si particulière de la zad de Notre-Dame-des-Landes.
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Car ce que l’on nous montre s’éloigne déjà dans le passé — il y a huit ans, déjà — et l’histoire devient un conte, un mythe, la légende d’une autre vie possible. Voilà sans doute pourquoi le film, tourné à partir de 2017, nous touche, alors que les forces obscures semblent aujourd’hui présider au fracas du monde et nous préparer un avenir de catastrophe et de violence : il nous montre qu’il reste possible de faire autrement, parce que cela s’est vécu et sans doute se vit encore, sur la zad et dans d’autres lieux ignorés.
La vie après l’abandon de l’aéroport
Notre-Dame-des-Landes, la zad, début 2018. Le Premier ministre annonce la fin du projet d’aéroport. La joie explose, c’est la fête, des dragons colorés s’affrontent dans un champ tandis que dans la froideur de janvier, les rires, les danses, la…
Auteur: Hervé Kempf

