Cette semaine sort au cinéma, Forêt rouge, un film de la réalisatrice Laurie Lasalle sur la ZAD de Notre-Dames-des-Landes. Après BoumBoum consacré au soulèvement des Gilets jaunes, Laurie continue de donner une forme cinématographique aux plus grands moments d’insurrection contemporains. Par son travail de documentaire extatique, elle participe à armer l’imaginaire de notre camp.
À la base, il y a simplement ça : une forêt. Quelques hectares de terres humides arrachés à l’État par une lutte acharnée contre la construction d’un aéroport. Il y a une expérience fondatrice, être dans cette forêt, de nuit, sans lumière, se mouvoir dans un territoire habité.
Le film retrace d’abord cette découverte : une forêt, des habitant.e.s, des gestes. Des fils rouges sont tendus entre les arbres et invitent le spectateur à entrer dans cette forêt, habitée de façon inconnue, inconcevable.
Un lieu redevenu magique car libéré des médiations technologiques, capitalistes, étatiques. Un lieu réel où l’on pratique le débardage animal et un lieu fantasmé, celui des cabanes de l’enfance. Le film sublime la réalité – un travelling fait des chevaux laborieux vus à travers les feuilles un poème – et le documentaire donne de la profondeur au fantasme.
Soudain dans la nuit une chouette s’envole. L’acuité des yeux habituées à l’obscurité permet de la voir. Le film passe l’action au ralenti pour nous en faire profiter. Habiter un territoire, faire un film, c’est être fidèle à l’évènement. La ZAD de Notre-Dame-des-Landes c’est d’abord ça : redécouvrir la densité du monde. Être attentif à ce qui nous entoure, à ce qu’on regarde. Le cinéma aussi.
Forêt rouge est une invitation à vivre, dans la temporalité concentrée d’un film, l’expérience d’être « sur zone », en immersion dans un territoire libéré de…
Auteur: dev


