À la naissance d’un mouvement, chacun.e se met à prendre la parole pour la première fois, et comme si c’était là, possible depuis toujours.
Comme si c’était depuis toujours que chacun.e avait en soi cette possibilité de parole, écrasée par le quotidien de la forme de vie domestique du capitalisme, d’interroger son mode d’existence matériel et spirituel.
C’est un fait qui se constate presque à la naissance de chaque mouvement, et qui surprend, et qui émerveille, même si on sait que ça ne durera pas : un mouvement, en tant qu’il ouvre un espace collectif et subjectif au sein d’un autre espace collectif a-subjectif (la société) redonne la parole à l’espace social dans son ensemble.
Il y a de la pensée là où il n’y en avait pas.
De la pensée : une demande qui dépasse la question des réponses objectives qu’on pourra lui apporter.
Dans ce début de séquence, ce qui frappe c’est la mise en commun et en partage d’un tort subi initialement par les premiers auteurs du mouvement : les jeunes et lycéen.nes racisé.es des banlieues, victimes quotidiennes de la violence policière. En s’élargissant, toutes les lycéennes et lycéens font les frais de cette violence dont ils mettent, par la même occasion, à parler. Les lycéen.nes ont appris en quelques jours à quelle police ils avaient affaire, et donc quel État ils avaient comme interlocuteur.
Le fait de subir la violence policière n’est pas un argument d’union politique, mais on aura entendu ces derniers jours des lycéen.nes dire nous pour la première fois, et se repérer comme collectif à la suite d’autres collectifs insurrectionnels : les Gilets Jaunes, les écologistes radicaux, les jeunes racisé.es, les antifascistes, les Algériens.
Ils apprennent très vite cette généalogie de la répression dans laquelle ils s’inscrivent.
Ils se préparent au 17 octobre, dont ils connaissent bien l’histoire.
On ne pourra plus la cacher à présent.
Cela peut surprendre, et cela peut…
Auteur: dev
