En plusieurs endroits de son oeuvre, David Graeber fait une remarque étymologique très importante : servir et attendre sont intimement liés – comme en témoigne l’anglais waiter, serveur, ou la lady in waiting, la dame de compagnie. Evoquant l’apparition du life-cycle service à la fin du Moyen Âge en Europe du Nord, il écrit la chose suivante :
chez les artisans : les jeunes étaient d’abord apprentis auprès de maîtres, puis devenaient compagnons, avant que l’accession au statut de maître ne leur donne les moyens de se marier, de fonder une famille, d’ouvrir leur propre atelier et d’y embaucher des apprentis à leur tour. Mais ce système était loin de se limiter aux artisans. Les paysans devaient souvent, à partir de l’adolescence, servir comme « domestiques agricoles » dans une autre ferme, en général au sein d’une famille un peu plus aisée que la leur. Cette obligation incombait aussi bien aux garçons qu’aux filles (ces dernières étaient par exemple employées comme vachères). Surtout, elle n’épargnait pas les élites. Ainsi, les pages étaient des apprentis chevaliers, et même les femmes de la noblesse, à l’exception de celles de très haut rang, devaient officier comme dames de compagnie pendant quelques années au cours de leur adolescence. Ces domestiques, au service d’une femme mariée de classe légèrement supérieure, s’occupaient de ses appartements, de sa toilette, de ses repas, etc. En même temps, elles étaient dans l’attente du moment où elles seraient à leur tour en position de se marier, de fonder un foyer et de devenir des aristocrates maîtresses de maison
Je voudrais réfléchir à cette promesse, ses effets de domination et la mettre en perspective avec une hypothèse centrale qu’établit Mark Fisher presqu’innocemment, au détour d’une séance de ses cours du soir, et que je vais ci-après envisager. Mais commençons par l’associer à une autre idée, celle de…
Auteur: dev

