Connu en France pour ses participations dans le Club Méditerranée, le groupe de luxe Lanvin (qui comprend également les maisons Sergio Rossi ou Wolford) ou la margarine Saint-Hubert, Fosun, le conglomérat du milliardaire chinois Guo Guangchang, connaît des difficultés financières majeures. Ces difficultés récentes se sont d’ailleurs traduites par une dégradation importante de son cours boursier (-45 % en un an quand l’indice Hang Seng de la bourse de Hongkong baissait de 34 %).
Fondé en 1992 avec un siège social à Shanghai, une cotation boursière à Hongkong et une holding de tête dans les îles Vierges britanniques, le groupe s’est constitué par rachats successifs. Il est aujourd’hui présent dans de très nombreux domaines d’activité : finance, banque, assurance, sidérurgie, divertissement, tourisme, santé, etc. et emploie près de 96 000 personnes.
Une dégradation importante de la solvabilité
L’origine de ses difficultés est à rechercher du côté de la dégradation de sa situation financière avec une érosion de sa marge d’exploitation. Ce ratio, qui rapporte le résultat d’exploitation (issu de la production seulement) au chiffre d’affaires et mesure ainsi la performance opérationnelle devient négatif à partir de 2019. La rentabilité du conglomérat apparaît ainsi davantage d’ordre financier qu’économique, celle-ci étant dopée par un effet de levier, c’est-à-dire à un recours à l’endettement plutôt qu’aux capitaux propres pour financer ses investissements.
Cette situation se combine avec un chiffre d’affaires en forte croissance (+18 % en 2021). Cette hausse de l’activité nécessite d’accroître le recours à la dette et accentue la détérioration de la solvabilité de Fosun. La capacité de remboursement ne cesse ainsi de se dégrader avec une dette financière nette représentant 14,3 années d’ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) à la fin 2021, bien au-delà des 3 à 5 ans communément admis comme un maximum.
Cela a d’ailleurs conduit les agences de notation à placer les émissions de dettes de Fosun dans la catégorie spéculative, voire hautement spéculative : B1 pour Moody’s et BB – pour Standard & Poor’s. Comme le note Bloomberg, cela s’est traduit par une dégradation nette de la valorisation de certaines des émissions obligataires de Fosun qui pour certaines sont cotées à moins de 60 % de leur valeur faciale.
En outre, la liquidité même de Fosun pourrait être compromise selon Bloomberg car à la mi-septembre, Fosun International et les entités liées faisaient face à quelque 8 milliards de dollars d’obligations à échéance d’ici la fin de 2023. L’annonce, le 24 octobre, que Fosun mettait fin à sa relation avec Moody’s n’est pas non plus de nature à rassurer les investisseurs car ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait chuter la…
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Auteur: Jérôme Caby, Professeur des Universités, IAE Paris – Sorbonne Business School

