Foutre la paix à l'œuvre

J’ai été invité par la Galerie Oraxe à écrire le texte de l’exposition Les Réso_nances. Voici ce que j’ai essayé de dire.
Quand la galerie m’a demandé d’écrire pour Les Réso_nances, j’ai voulu éviter le piège : faire parler les artistes iraniens à la place de leurs œuvres, les transformer en témoins.

Car il y a une attente, devant l’art iranien. Bienveillante, peut-être. Mais une attente reste une demande — et l’on ne quitte pas une censure pour une autre, plus douce, qui réclame qu’on témoigne, qu’on rassure.
Témoigner, oui — mais encore faut-il savoir si c’est mon désir de dire, ou le désir de l’autre que je dise. L’injonction ne supprime pas le témoignage. Elle le confisque.
Ce que j’essaie de dire : l’œuvre n’est pas faite pour combler, ni pour clore. Elle n’a pas de mission. Vingt-cinq artistes, ce sont vingt-cinq mondes qui n’ont pas à s’accorder — et « iranien » ne dit presque rien de ce que chacun invente, seul.
Se débarrasser du signifiant-maître, c’est ça le geste : non pour le remplacer par un autre maître, mais pour une liberté à venir.
Foutre la paix à l’œuvre, c’est la laisser exister avant de lui demander de parler pour nous.

Foutre la paix à l’œuvre

Il y a une attente, devant l’œuvre d’un artiste iranien. Elle précède la rencontre ; elle attend déjà sur le seuil — avant l’entrée, avant le premier regard. Discrète parfois, parfois souriante ; mais là, toujours, avant nous. Elle murmure : raconte, explique, dis-nous comment c’est, là-bas. Elle naît de la curiosité, de l’empathie, du désir sincère de comprendre. Elle n’est pas malveillante — et c’est peut-être ce qui la rend si difficile à déposer.

Mais une injonction qui sourit demeure une injonction. Et l’on ne sort pas d’une prison pour entrer dans une autre. L’artiste qui a connu le poids des interdits — ceux d’un système qui décide de ce qui peut…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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