Si le couple franco-allemand est fréquemment décrit comme le « moteur de l’Europe », il y a un domaine dans lequel il peut être qualifié de dysfonctionnel : celui de l’énergie.
Une situation d’autant plus inquiétante que chacun des modèles énergétiques portés par l’un et l’autre pays sont aujourd’hui en difficulté ; un différend persistant qui déstabilise de manière récurrente l’ensemble de l’édifice du Fit for 55, le « paquet climat » de l’Union européenne.
À partir d’une note approfondie publiée en juin 2023 dans Confrontations Europe – et qui s’appuie notamment sur les analyses en politique comparative de Stefan Aykut et Aurélien Evrard –, nous proposons ici de retracer une brève « histoire longue » des trajectoires énergétiques de la France et de l’Allemagne.
Il s’agit de mettre en lumière les fractures principales et d’identifier ce que pourraient être des principes d’action commune.
Des années 1950 aux crises du charbon et du pétrole
En Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays est exclu du nucléaire militaire, le charbon et le lignite vont, du fait de ressources très importantes, jouer un rôle essentiel dans la reconstruction.
Le secteur énergétique est originellement au cœur du corporatisme à l’allemande, s’appuyant sur le rôle des syndicats et des Stadtwerke, régies locales pour la gestion des services industriels et de l’énergie. Les crises du charbon des années 1950 et 1960, puis la crise du pétrole des années 1970, vont marquer une plus forte intervention de l’État fédéral, avec un plan de soutien au charbon national et le lancement d’un programme nucléaire.
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À la fin des années 1970, la part du charbon dans l’énergie primaire est stabilisée à 30 % et…
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Auteur: Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, économiste de l’énergie, Université Grenoble Alpes (UGA)

