Manifestement interpellée par des téléspectateurs, France Télévisions a envoyé au charbon son directeur délégué de l’information, Pascal Doucet-Bon, qui s’est fendu d’une tribune sur le site de France Info : « Pourquoi la rédaction de France Télévisions décrit-elle Quentin Deranque comme un « militant nationaliste proche du collectif identitaire Némésis » ou un « militant identitaire » ? » (21/02). Ce qui nécessite en effet des explications – un peu de pédagogie. On ne sera pas déçu du voyage.
« La qualification politique d’une personne », nous explique M. Doucet-Bon, « est un exercice délicat ». Aussi, « dans un contexte électrique », le service public a-t-il choisi de faire œuvre de transparence. Comment les termes ont-ils été choisis ?
Uniformisation par le haut
La première phrase — et un bon tiers du papier – répond à une autre question : par qui ? Réponse : par « la direction de l’information ». C’est cette direction qui, sur la base de la « synthèse des enquêtes » de ses « reporters », sélectionne et décrète les mots à utiliser. Il s’agit là d’une « démarche collective » qui, nous précise-t-on, n’a rien d’un « oukaze ». L’objectif est d’éviter « une cacophonie » sur les différentes antennes du groupe et de répondre ainsi à une « exigence de cohérence ». Une « exigence de cohérence » qui ressemble à s’y méprendre à une exigence d’uniformisation : le fait que ces qualificatifs soient choisis par la direction et non par les reporters indique que cette uniformisation se fait par en haut, privant les travailleurs de l’information de l’une de leurs principales prérogatives. La « cacophonie » évitée, on se passera avec elle du « pluralisme » des analyses journalistiques, qui n’a donc pas droit de cité. Faisons confiance à la direction et à son art de la « synthèse » !
Dépolitisation, confusionnisme et…
Auteur: Jérémie Younes

