« Tourner le dos à l’hystérisation de l’info » : c’était l’objectif de Franceinfo selon un de ses promoteurs, Michel Field, alors directeur de l’information de France Télévisions. « On préfère louper un scoop que raconter n’importe quoi », assurait quant à elle Delphine Ernotte, présidente du groupe. Patatras : moins de trois semaines après son lancement, le samedi 17 septembre 2016, la chaîne publique d’info en continu annonce une prise d’otage en cours à Paris qui s’avère… une fausse alerte. On ne pouvait imaginer pire démarrage. Mais ce ratage n’a rien d’anecdotique : il témoigne des contradictions d’un projet qui, sous prétexte de faire « autrement », emprunte aux chaînes privées en place l’essentiel de ses principes de fonctionnement.
Un projet mis en œuvre dans un temps très court : pris en charge par Delphine Ernotte à son arrivée à la tête de France Télévisions (depuis la direction d’Orange France) en août 2015, il aboutit un an plus tard, au prix d’une réorganisation et d’une mobilisation éreintantes en interne, qui soulèvent dès le début des questionnements : quels seront les moyens mis à disposition, à quoi ressemblera le rythme de travail pour les journalistes et techniciens engagés dans le projet ? L’équipe prévue pour le lancement réunira près de 170 salariés dont la moitié sont issus de recrutements extérieurs, pour un coût de 15 millions d’euros pour France Télévisions et 3,5 millions pour Radio France. Des sommes alors trois fois inférieures au budget annuel de BFM-TV et de I-Télé. Des « synergies » étaient cependant prévues entre les différents supports impliqués : la radio France Info, le site Francetvinfo.fr et la chaîne de télévision – les rédactions des deux premiers continuant cependant d’exister séparément.
Quoi qu’il en soit, le ton est donné : celui d’un budget resserré au possible et d’une information « low cost » caractéristiques des chaînes d’info en continu. Le faible nombre de journalistes…
Auteur: Frédéric Lemaire, Pauline Perrenot Acrimed
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