Francky Vincent le restaurant : c’était un rêve néolibéral à réaliser

Il y a des chansons d’amour, des chansons de rupture, et puis il y a Droit de réponse, où un chanteur règle ses comptes avec… son personnel. En 2004, Francky Vincent ouvre un restaurant à Thiais en région parisienne. Six mois plus tard, il ferme boutique. Les anciens employés témoignent dans la presse, évoquant conditions de travail infernales et salaires non versés. Francky, piqué au vif, leur répond avec ce qui restera l’un des plus grands manifestes patronaux de la chanson française : « Bande d’enfoirés, si vous trouvez du boulot, n’écrivez pas dans votre CV de merde que vous avez travaillé chez Francky, bande de malpropres. » Le ton est donné : vexé, triomphal, et persuadé d’être du bon côté de l’histoire. Une chanson qui, sans le vouloir, met en musique tout ce que le libéralisme fait de plus grotesque quand il se raconte à la première personne.

“C’était un rêve à réaliser” : le cauchemar salarial du rêve entrepreneurial

« C’était un rêve à réaliser », répète-t-il en boucle. Et c’est là tout le problème : dans le capitalisme, les rêves des uns deviennent les cauchemars des autres. Ce que Francky appelle son “rêve”, c’est un restaurant, un lieu où, concrètement, d’autres vont trimer douze heures par jour pour qu’il vive ce rêve-là. Quand il chante « Avec un personnel de merde qui l’a foutu dans la merde », il ne fait que reformuler une phrase que des millions de salariés entendent dans les couloirs des boîtes, des bars et des hôtels : “le problème, c’est le personnel.” C’est la ligne de défense préférée du petit patron et en particulier du restaurateur : s’il échoue, c’est à cause des autres. Mais quand on travaille dans la restauration, on le sait : ce n’est pas “le personnel” le problème, c’est les horaires coupés, les salaires dérisoires et en retard, les journées de…

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Auteur: Farton Bink

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