Le 17 mars 2024, le Niger annonçait son retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une décision marquante, qui s’inscrit dans une série de ruptures symboliques et diplomatiques opérées par les pays du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) avec les institutions perçues comme héritées de la colonisation.
En tant que chercheur ayant étudié les dynamiques géopolitiques du monde francophone, il est essentiel de s’interroger sur l’avenir de cette institution en Afrique. Au-delà du simple geste politique, cette sortie pose une question centrale : la Francophonie a-t-elle encore un avenir en Afrique, dans un contexte marqué par la montée du discours panafricaniste et la concurrence croissante d’autres blocs géoculturels, comme le Commonwealth ou la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) ?
Alors que l’OIF affirme régulièrement dans ses communiqués officiels que l’avenir de la Francophonie se trouve en Afrique, la réalité géopolitique révèle des perspectives de déclin progressif. Ne risque-t-elle pas au contraire de décliner inexorablement ?
Une institution en perte de légitimité ?
Créée en 1970 par des chefs d’État africains (dont le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Nigérien Hamani Diori), la Francophonie s’est d’abord pensée comme un espace de solidarité linguistique et culturelle. Officieusement, cette stratégie visait à éviter les conflits politiques et diplomatiques potentiels. Progressivement, elle a ainsi intégré une dimension politique en se dotant d’un mandat élargi : promotion de la démocratie, des droits humains, médiation en période de crise.
Ce virage a notamment été incarné par Abdou Diouf, secrétaire général de l’OIF de 2002 à 2014. Diouf a renforcé son rôle diplomatique. En généralisant ses domaines d’influence, la Francophonie s’est convertie en soft power multilatéral avec le risque de s’affaiblir sur son cœur de métier, la…
Auteur: Christophe Premat, Associate Professor in French Studies (cultural studies), head of the Centre for Canadian Studies, Stockholm University

