Si le combat anticolonial de Franz Fanon n’est pas une légende, il fut réel et consistant, pour autant, je n’en suis pas saisi d’une « extase réglementaire » comme il se devrait dans certains milieux militants. Incontestablement, il a apporté une dimension, essentiellement psychanalytique, sur les colonisateurs et les colonisés, extrêmement riche, puissante, intéressante, féconde et profonde.
Pour le reste il y a, selon la formule populaire « à prendre et à laisser ». Si la Psychanalyse est véritablement son domaine de compétence et s’il y excelle et apporte beaucoup ; sur le plan strictement politique, il en va autrement. Pour moi, Toussaint Louverture, Marcus Garvey, Eugène WEB Du Bois, CLR James, Aimé Césaire, et surtout Malcolm X, et bien d‘autres encore, lui sont infiniment supérieurs.
J’ai expliqué dans mon travail sur Malcolm X comment celui-ci fait évoluer sa pensée sur toute une série de questions, notamment la nécessité, ou pas, d’un rapprochement avec le Mouvement des Droits civiques de Martin Luther King. Dans son travail « Marxisme et Révolution noire, Grace Lee Bogs dans son siècle », Simon Chuang explique : « En 1963, Détroit devient même le cœur du mouvement pour le « Pouvoir noir » dans le nord du pays : en juin, Cleage et Clarence LaVaughn Franklin y organisent une « Marche pour la Liberté » menée par Martin Luther King et rassemblant près de 250 000 personnes, deux mois avant celle de Washington au cours de laquelle ce dernier donnera l’un des discours les plus retentissants du XXe siècle — le fameux « I have a dream ». Grace Lee Boggs partageait avec King l’idée que la Révolution noire devait conduire à la reconstruction tout entière de la société.
La même année, Malcolm X se rend aussi à Détroit pour y prononcer un discours replaçant la lutte des Noirs dans l’histoire longue des Révolutions. Lorsqu’il rompt avec Elijah Muhammad et le mouvement…
Auteur: Christian EYSCHEN

