FUERA ! – Ceuta, ou l'épreuve du commun

« Qu’est-ce qui va nous arriver ? » La question revient inlassablement, sous des formes à peine différentes, lorsque l’on retourne à Ceuta après notre premier séjour en août 2026. Ceux que l’on avait rencontrés quelques semaines plus tôt sont toujours là pour beaucoup d’entre eux, mais le temps a travaillé les corps. Les visages sont plus tirés, certains ont beaucoup maigri, la nervosité affleure dans les gestes, l’épuisement se laisse voir dans une manière de s’asseoir, d’attendre, de guetter une information qui pourrait modifier le cours des jours. D’autres semblent avoir conservé la même tranquillité, la même attention, la même disponibilité aux autres. Rien n’autorise à réunir ces expériences sous un affect unique, mais quelque chose s’est produit. L’attente a cessé d’être un intervalle entre deux événements pour devenir une condition durable, une forme imposée du présent.

La question elle-même contient un paradoxe. Beaucoup demandent s’ils pourront bientôt « aller en Espagne », alors qu’ils se trouvent déjà, juridiquement, sur le territoire espagnol. L’expression ne relève pas simplement d’une approximation géographique et désigne la péninsule, la possibilité de poursuivre le voyage. Mais elle dit aussi, plus profondément, l’étrangeté d’une situation dans laquelle on peut avoir franchi une frontière sans avoir véritablement le sentiment d’être arrivé. Être là ne signifie pas encore avoir acquis une place depuis laquelle un avenir puisse commencer. La traversée a eu lieu, mais le mouvement reste suspendu. Les décisions concernant le transfert, l’asile, la minorité, le séjour ou le retour continuent d’être prises ailleurs, selon des temporalités qui échappent largement à ceux dont elles décident pourtant des jours. La question « qu’est-ce qui va nous arriver ? » ne porte donc pas seulement sur ce qui surviendra demain. Elle engage déjà…

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Auteur: dev