Gauchir la pensée du vivant

A ma gauche, Andréas malmène Baptiste. Il porte des coups au Capital qui nuit à la Nature pendant que son adversaire se contente d’infléchir de pauvres Pensées. La preuve en est que les forces anti-écologiques s’enquièrent de savoir qui lit Malm, et ignorent Morizot. Devons-nous donc applaudir l’activiste contre le penseur du vivant ? Encourager le premier à renvoyer celui-ci à ses chères études – là où il s’agit de « pleurnicher » avec Latour, comme l’a prétendu Lordon il y a deux ans ?

Peut-être pas – ou pas complètement. Car si la question de l’efficience est cruciale, il ne faut pas évacuer celle de nos façons de connaitre. En remarquant que Morizot affirme que son dernier livre, l’Inexploré (Wild Project, 2023), est un livre d’épistémologie, et qu’il est passé d’un appui positiviste à une démarche réflexive par rapport à la science, il est même possible d’affirmer avec lui l’importance des enjeux épistémiques dans notre situation. A condition de gauchir la pensée du vivant, c’est-à-dire de la dévier, pour qu’elle aille de l’« épistémopolitique » et de la « diplomatie » vers la gnoséosophie.

1- L’inexploré

Dans l’Inexploré, Baptiste Morizot nous invite à partir de l’idée que nous sommes dans une situation particulièrement instable, et affirme qu’il est nécessaire d’inventer une façon de penser qui soit en prise avec cette situation si nous voulons en faire quelque chose – y jouer un rôle.

Disons-le d’emblée : la difficulté tient au fait que pour faire le bon constat sur la situation afin de trouver la bonne attitude, il faut adopter la pensée apte à faire le bon constat. Ceci renvoie à la nécessité de partir de la situation actuelle en considérant que la pensée fait partie de la situation – et même, que les événements qui nous arrivent sont pour partie constitués de et par la façon dont on les reçoit et y réagit, en plus de les…

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Auteur: dev