Les exemples sont beaucoup trop nombreux. Des incendies hors de contrôle en Espagne et au Canada, des vagues de chaleur extrêmes en Europe et à Gaza, des crues dévastatrices au Pakistan et au Texas… Cet été, la violente réalité du dérèglement climatique a atteint toute la planète. Les catastrophes météorologiques des trois derniers mois démontrent une nouvelle fois le coût dramatique de l’inaction.
Pourtant, la courbe des émissions mondiales de gaz à effet de serre liée à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz ne fléchit pas. Celles-ci auraient encore augmenté de 0,7 % au premier semestre 2025 par rapport à la même période en 2024, selon les chiffres provisoires du Carbon Monitor, un consortium international de scientifiques. Nous continuons de foncer droit dans le mur, dénonce Philippe Ciais, membre du consortium et directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement.
Reporterre — Comment analysez-vous ces nouvelles estimations ?
Philippe Ciais — Si ces estimations préliminaires seront affinées au fil des mois, nous pouvons déjà voir une tendance : nous ne sommes toujours pas sur la bonne trajectoire, il n’y a aucun pic à l’horizon. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre augmentent dans une moindre proportion que durant la décennie 2010, mais elles sont toujours en hausse. Autrement dit, on continue de foncer dans le mur. On ne freine toujours pas, on accélère un peu moins. L’an dernier, les émissions mondiales avaient progressé de 0,9 %.
L’objectif de limiter à +1,5 °C le réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle est désormais derrière nous. Mais circonscrire la hausse à 2 °C est encore possible, à condition d’agir.
Au-delà du constat global, qu’en est-il au niveau régional ?
Si l’on regarde dans le détail pays par pays, nos estimations sont plus surprenantes. Il y a une inversion des tendances entre…
Auteur: Jeanne Cassard

