Gaza : comment le déni s’est imposé dans la société israélienne


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Il y a dix ans, lors des dernières manifestations hebdomadaires réunissant juifs et Palestiniens contre la construction du mur de séparation par Israël dans le village cisjordanien d’Al-Maasara, l’un de nos rituels, avant de démarrer, consistait en un discours de Mahmoud, un leader communautaire local. Téléphone en main, celui-ci déclarait : « Nous n’aurons pas d’autre Nakba, parce que maintenant nous avons ceci. Nous avons un smartphone. Nous avons Facebook. En 1948, nous n’avions ni l’un ni l’autre. Cela ne peut plus arriver aujourd’hui. » Il répétait ce mantra chaque vendredi – aux militants, aux soldats, à lui-même. C’était rassurant. Mais il avait tort.

Le déni d’atrocités est un phénomène universel, mais la société israélienne en a fait une sorte d’art.

La campagne génocidaire menée aujourd’hui par Israël à Gaza est peut-être l’atrocité la plus documentée de l’histoire récente. Les smartphones et les réseaux sociaux, encore inexistants lors des génocides en Bosnie et au Rwanda, permettent de capturer les événements instantanément, de les diffuser mondialement en temps réel. Pourtant, face au flot d’images de civils morts, d’enfants affamés et de quartiers rasés, une grande partie du public israélien – et beaucoup de ses soutiens à l’étranger – réagit de deux façons : soit tout est faux, soit les Gazaouis l’ont mérité. Souvent, paradoxalement, ce sont les deux à la fois : « Il n’y a pas d’enfants morts à Gaza, et on a bien fait de les tuer. »


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Auteur: Ron Dudai

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