On a célébré il y a quelques semaines les 50 ans de la Révolution des œillets au Portugal. Le 25 avril 1974, un soulèvement militaire impulsé par un mouvement clandestin d’officiers intermédiaires de l’armée portugaise – essentiellement des jeunes capitaines – provoque l’effondrement rapide d’une dictature fasciste presque cinquantenaire. Mais le 25 avril ouvre aussi une brèche dans laquelle les classes populaires – en particulier les ouvriers et les travailleurs sans terre des campagnes du Sud – vont s’engouffrer, dans le cadre d’un processus révolutionnaire qui va durer jusqu’au 25 novembre 1975.
Au cours de ce dernier, mais aussi dans les années qui précèdent la Révolution, une myriade d’organisations marxistes-léninistes et maoïstes vont jouer un rôle important, parfois moteur dans les mouvements populaires, avec néanmoins un sectarisme souvent très marqué, en particulier à l’égard du Parti communiste portugais. L’origine et l’orientation de ces courants sont généralement méconnues hors des frontières du Portugal, c’est pourquoi nous avons voulu mettre à disposition des lecteurs-rices francophones ce texte de l’historien portugais Miguel Cardina, grand spécialiste de la constellation marxiste-léniniste et maoïste au Portugal. Il a notamment publié sur ces questions le livre Margem da certa maneira.
Dans la dernière décennie de l’Estado Novo, un ensemble très divers de groupes a émergé au Portugal, inspiré par les positions chinoises face au conflit sino-soviétique et, un peu plus tard, par les échos de la révolution culturelle chinoise. Cet article cherche à caractériser l’émergence et la diversification de ce champ politique dans le pays. Le cadre temporel est fixé entre 1964 – date de l’apparition de la première organisation « marxiste-léniniste », à la suite de la rupture idéologique de Francisco Martins Rodrigues (1927-2008) avec le PCP – et…
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