Génocide or not génocide, cette terre revient de droit aux Palestiniens

I. Le piège du mot

Depuis bientôt trois ans, une bataille se livre à côté de la bataille. On ne se dispute plus seulement sur ce qui se passe à Gaza, on se dispute sur le nom qu’il faut lui donner. Génocide, disent les uns, avec la Cour internationale de justice saisie, des commissions onusiennes, des associations de chercheurs spécialisés. Pas génocide, répondent les autres : guerre, riposte, légitime défense, dommages collatéraux regrettables. Chaque camp a mis tout son capital sur le mot, comme si le sort de la terre allait se jouer à la qualification.

C’est là que se cache le piège. Car si le droit des Palestiniens sur cette terre devait attendre le verdict des juges sur l’intention d’exterminer, alors ce droit deviendrait une indemnité. La terre serait accordée comme on accorde une réparation : à proportion de la souffrance prouvée, au prorata des morts comptés et des intentions établies. On ferait du martyre la pièce justificative d’un titre de propriété.

Or la terre n’est pas une réparation. Elle est une antériorité. Elle ne se mérite pas par la douleur ; elle précède la douleur, et elle lui survit.

II. Ce que le droit dit déjà, sans attendre le mot

Il faut le répéter à ceux qui croient que tout est suspendu à la qualification : le droit international n’a pas attendu le mot génocide pour se prononcer. En juillet 2024, la Cour internationale de justice, dans son avis consultatif, a déclaré illicite la présence israélienne dans le territoire palestinien occupé et a rappelé l’obligation d’y mettre fin, de cesser la colonisation et de réparer. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la résolution 194 sur le retour des réfugiés, l’interdiction d’acquérir un territoire par la force : tout cela existait avant Gaza 2023, et rien de tout cela ne dépend de l’issue de l’affaire portée par l’Afrique du Sud.

Le génocide est un crime contre un peuple. L’occupation est une…

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Auteur: Ilyes BELLAGHA