Géopolitique du gallinacé

Après son exceptionnel Le Chomor qui avait ravi la critique, Martin Mongin revient avec Le Livre des comptes, toujours aux éditions Tusitala. Nous en publions ici un extrait en guise de bonnes feuilles.

Si le numérique est un formidable outil pour espionner et pister ceux qui en font usage, s’il permet ce « flicage généralisé » que dénoncent ses détracteurs, il a un défaut majeur et constitutif : sa réversibilité. Si vous utilisez les nouvelles technologies pour épier vos adversaires, connaître leurs préoccupations, devancer les coups qu’ils préparent ; soyez certains que, au même moment, ils vous observent par l’autre bout de la lunette. Le numérique est une technologie symétrique : l’information passe dans les deux sens.

Le rêve des États – rêve fou et insensé – serait au contraire d’en faire une technologie asymétrique. D’où les crédits toujours plus indécents accordés aux acteurs de la cybersécurité. Les États, comme les industriels du reste, voudraient pouvoir espionner toujours sans être espionnés jamais. Mais c’est là un vœu vain, qui ne changera rien au fait que le numérique est symétrique par nature.

Pour toutes ces raisons, et sans renoncer pour autant à œuvrer secrètement à cette asymétrie rêvée, les États, les armées et les industriels s’étaient résignés – du moins provisoirement. En effet, toutes choses étant égales par ailleurs, il fallait bien admettre que la seule manière de conserver quelques coups d’avance dans cette grande partie d’échecs à mort qu’était la mondialisation, sans renoncer pour autant à son autonomie stratégique, était de ne pas recourir au numérique. Ainsi, alors qu’ils continuaient à faire l’apologie des nouvelles technologies, les mêmes États, armées et industriels, à des fins de supériorité opérationnelle, furent contraints de dénumériser leurs services de renseignement et d’intelligence économique.

Il y a une histoire parallèle à celle du…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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