La Géorgie est en ébullition depuis des mois, suite au tournant pro-russe opéré par le parti au pouvoir – auquel des centaines de milliers de manifestants reprochent en outre d’avoir truqué les législatives d’octobre dernier. Ce pays du Caucase de moins de 4 millions d’habitants a une longue tradition en matière de contestations. Retour sur plusieurs décennies de manifestations qui ont parfois été couronnées de succès et se sont aussi, à plusieurs reprises, soldées par des massacres opérés par les forces de l’ordre…
Le 3 décembre 2024, Salomé Ugrekhelidzé, juriste travaillant depuis des années à rapprocher la Géorgie de l’UE, s’exclame sur X : « Arrêtez d’appeler ce qui se passe en Géorgie un Maïdan, en vendant cela au public, et apprenez l’histoire géorgienne ! » Pour elle, comme pour de nombreux Géorgiens – qui, par ailleurs, soutiennent résolument l’Ukraine –, les manifestations qui s’enchaînent chez eux depuis les élections législatives du 26 octobre 2024, voire depuis le printemps dernier, sont, en effet, « un nouveau chapitre dans l’insurrection de la nation contre la Russie, et nous le faisons depuis 1801 » – date à laquelle l’Empire russe a annexé la Géorgie – « pour défendre notre histoire, notre État et le choix que nos ancêtres ont fait, il y a très très longtemps : nous appartenons à la civilisation européenne ».
Sans approfondir ici ce choix européen, il est exact que la Géorgie s’est régulièrement révoltée contre les diktats venus de Russie. Elle a notamment connu, dans l’URSS poststalinienne, au moins trois périodes de manifestations massives. Inscrites dans la mémoire collective, ces trois séquences offrent aux manifestants d’aujourd’hui un cadre de références et une géographie, voire un martyrologue.
Mars 1956 : la renaissance du mouvement national
Les premières manifestations importantes – après la résistance…
Auteur: Cécile Vaissié, Professeure des universités en études russes et soviétiques, Université de Rennes 2, chercheuse au CERCLE (Université de Lorraine), Université Rennes 2

