Ghassan Salhab en revenant, métis inauthentique

« Je veux de ces fragments étayer mes ruines »
(Thomas Stearns Eliot, « La Terre vaine » (1921-1922),
La Terre vaine et autres poèmes [traduit de l’anglais par Pierre Leyris], éd. Seuil-coll. « Points », 1976, p. 93)

« Une pierre deux maisonstrois ruinesquatre fossoyeursun jardindes fleurs »
(Jacques Prévert, « Inventaire »,
Paroles, éd. Gallimard-coll. « folio », 1972 [1946 pour la première édition], p. 205)

« Mais c’est à peine si j’eus une pensée pour mon autre moi,
parti désormais se cacher à jamais de tout visage amical,
pour devenir un visage fugitif et un vagabond sur terre,
sans stigmate de malédiction sur son front honnête pour arrêter une main criminelle…,
trop fier pour expliquer. »
(Joseph Conrad, Le Compagnon secret,
éd. Autrement, 1996 [1910 pour l’édition originale], p. 64)

À Beyrouth, quelqu’un est revenu. Celui qui revient, on le reconnaît à ceci : il est le traître.

La reconnaissance vaudra pour identification, attestation unilatéralement délivrée, vérification d’identité et du tort lui étant associé. C’est ainsi que celui qui revient est reconnu par ses anciens camarades de lutte, en se reconnaissant dès lors comme ceux qui, à l’inverse, n’auraient quant à eux évidemment jamais trahi. Le traître n’est donc tel, il ne l’est que dans la capture spéculaire du regard de l’autre – de ses autres, tous ses doubles mimétiques composant ensemble un même pôle de figuration antithétique. Le traître est l’autre pour les autres qui, identiquement, ne le seraient pas.

Le traître revient, il est revenu : en revenant, il apparaît également comme un revenant. Mort-vivant.

Un revenant d’autant plus vrai qu’on le croyait mort, qu’il revient de la mort. Le revenant n’est pas un fantôme, mais celui qui est revenu de la mort et, avant d’y retourner définitivement, il passe sur terre comme en ses limbes, ange annonciateur – mais de quoi ?…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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