Gilet jaune, j'ai passé six mois avec un bracelet électronique

Le reporter Stéphane Trouille, numéro d’écrou 4954 encore pour quelques heures, a été condamné en 2018, dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, pour violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Sa peine : dix-huit mois de prison, dont huit ferme ferme, et trois ans d’interdiction de manifester dans les régions Auvergne-Rhône Alpes et Île-de-France. Depuis le début du mouvement, en partie étouffé par la répression policière et judiciaire, plus de 3 000 condamnations, dont 2 000 de prison ferme, ont été prononcées, a comptabilisé France TV Info.


Je viens de passer un peu plus de six mois sous surveillance électronique. Une épreuve loin d’être anodine, conséquence d’une condamnation, le 26 décembre 2018, à dix-huit mois de prison dont huit ferme, dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, pour violence sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Le tout complété d’une interdiction de manifester sur la voie publique pendant trois ans dans les régions Auvergne-Alpes et Île-de-France. J’ai raconté à l’époque, ici, les raisons de mon interpellation.

Depuis le 17 mai dernier, je cohabite avec un bracelet noir et gris à la cheville droite, un bracelet qui permet à l’administration pénitentiaire de savoir quand je suis chez moi. Et de chez moi, je peux en sortir de 8 à 19 heures en semaine et de 14 à 18 heures les week-ends (de 10 à 18 heures pour ceux où je suis avec ma fille). Ainsi, je suis devenu mon propre gardien, qui s’autorise à sortir durant les heures admises, qui vérifie l’heure comme jamais auparavant et qui, en cas de manquement, peut se voir sucrer un temps de remise de peine, voir être dirigé vers la prison. Une vraie expérience d’autocontrôle dans la veine des auto-attestations de sortie mises en place pendant le confinement dû au Covid-19.

Manifestation de Gilets jaunes le samedi 1er décembre 2018, à Paris. © NnoMan/Reporterre

Tout au long de cette affaire, lors des procès, par la sévérité du jugement, par les paroles hautaines des juges et procureurs, mais aussi lors de cette période de bracelet, j’ai aussi ressenti et vécu à quel point nous avons une justice de classe dans ce pays. Entre celles et ceux qui vivent leur peine sous bracelet dans un petit logement sans espace extérieur et celles et ceux — Balkany, Tapie, Guéant et consort — qui la vivent dans leur villa. Entre celles et ceux qui voient leur peine réduite, à la manière de Cahuzac, dont la surveillance sous bracelet a été suspendue…

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Auteur: Reporterre

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