Gisèle Pelicot, le déni dans la joie

Quand un fait social prend une telle ampleur, il convient de prendre un peu de recul pour saisir ce qu’il incarne. Autrement dit : de quoi (l’unanime louange de) Gisèle Pelicot est-elle le nom ?

D’une interview à l’autre, exactement les mêmes éléments de langage : une « femme forte » malgré les blessures, qui « ne veut plus être une victime ». Pas une « féministe radicale », hein. Une femme apaisée, qui a retrouvé l’amour auprès d’un « homme bien » – parce que Not all men, finalement. Le moment est venu de la grande réconciliation nationale, mesdames. La messe est dite, « La Grande Librairie » a convoqué trois générations de féministes pour chanter en chœur « Laudate Gisèle ». Et tant pis pour les « sales connes », les rageuses, et toutes les exclues du cercle de la joie paisible.

Des exclues, il s’en trouve un certain nombre qui, comme moi, ont la médiatisation du livre de Gisèle Pelicot en travers de la gorge. Parce que cette campagne de communication et la ferveur qu’elle suscite est une vaste entreprise d’escamotage. Le procès Mazan a eu comme effet de mettre la focale du monde entier sur les violences de genre entre adultes. Or les viols sous soumission chimique de la femme adulte sont le cache-sexe d’une autre violence encore moins dicible et tout aussi politique : l’inceste. Mais pas celui qu’on se figure façon tragédie œdipienne : je parle de l’inceste réel, ce fait social aussi massif qu’insaisissable dont on connaît les chiffres mais qu’on ne met jamais en rapport avec la vie.

Certes, après des semaines de procès, on a relayé de-ci de-là les interrogations de Caroline Darian sur son père. Au moment de son dépôt de plainte, quelques articles ont évoqué les agissements de Dominique Pelicot vis-à-vis d’elle, de ses belles-filles (qu’il a photographiées nues à leur insu) et son petit-fils (avec qui il…

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Auteur: Cécile Cée

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