Dans ce brillant article, le sociologue Michalis Lianos propose d’analyser les conditions autant que le déploiement de cette nouvelle forme de l’autoritarisme qui se propage à travers le monde. D’un côté, la démocratie représentative dans sa forme agonisante, de l’autre l’individualisation extrême qui autorise à chacun une marge de liberté à la condition que son cadre ne soit jamais contesté. Et c’est tout le paradoxe de notre époque, que la fascisation s’accompagne du plus haut niveau de normalisation des existences.
L’autoritarisme génère des régimes de nature expansive. Aussi bien dans le sens social que dans le sens géopolitique.
Cela n’est pas la conséquence directe d’une ambition de dominer, mais d’un cadre des valeurs qui considère la mise en ordre du monde comme la prémisse indispensable d’une société saine. La condition tragique dans laquelle nous sommes entrainés, avec les trois grandes puissances mondiales sous un régime autoritaire, et la tentation de plusieurs sociétés européennes pour la culture autoritaire aussi, est la preuve d’un isomorphisme sociopolitique causé initialement par la perte de la maîtrise des classes inférieures sur l’espace social. Entre ceux qui arrivent à asseoir leur influence discursive dans le domaine public et ceux qui se sentent marginalisés en tant qu’arrière garde conservatrice, la rivalité se transforme en dichotomie des perspectives. Parvenir à faire taire, voire humilier, votre adversaire avec votre éloquence, le conduit à penser à d’autres moyens que la parole.
Ainsi, les paradoxes abondent : le Rassemblent National et autres mouvements semblables dans plusieurs pays européens, construisent leur discours sur la liberté de s’exprimer. Le régime étatsunien cherche à mettre de l’ordre par les armes auprès de son peuple en prétendant en même temps à la libération des Vénézuéliens, des Iraniens et peut-être d’autres peuples…
Auteur: dev

