Il est le pesticide le plus utilisé au monde. En France, Emmanuel Macron promettait pourtant en 2017 d’interdire « au plus tard dans trois ans » l’utilisation du glyphosate. Bientôt une décennie après, le pays demeure celui d’Europe consommant le plus ce désherbant phare de Monsanto, commercialisé sous le nom de Roundup.
Ce pesticide a pourtant été classé « cancérogène probable pour l’humain » dès 2015, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourquoi en sommes-nous toujours au point mort après des années de mobilisations citoyennes et d’études scientifiques appelant à bannir ce pesticide toxique ?
Disponible en librairie le 17 septembre, la bande dessinée La Bataille du glyphosate retrace ce scandale sanitaire et politique colossal. Illustrée par David Lopez, cette enquête plonge lectrices et lecteurs dans les coulisses d’un lobbying industriel féroce, où seuls comptent les intérêts économiques, explique son autrice, la journaliste Aurore Gorius.
Reporterre — Les premières données scientifiques alertant sur le caractère probablement cancérogène du glyphosate datent de 1983. Et malgré ça, dans la tête de nombreux élus mais aussi d’agriculteurs, le doute persiste presque cinquante ans plus tard. Comment est-on arrivé là ?
Aurore Gorius — C’est tout l’objet de cette enquête. Dès les années 1980, l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis a bel et bien interrogé le caractère cancérogène du glyphosate et a conclu à sa dangerosité. Mais cette étude a été étouffée et n’a jamais été rendue publique. Le fabricant de ce pesticide, Monsanto, a obtenu de la déclasser. Il a diligenté une étude parallèle s’appuyant sur les mêmes cobayes, et a identifié des biais — l’une des souris était malade. Résultat : l’alerte a été mise sous le tapis.
On a là un premier aperçu de la stratégie de l’industriel pour commercialiser…
Auteur: Emmanuel Clévenot
