Goliarda Sapienza, une toute jeune centenaire

« Qu’avais-je fait ? Avais-je gaspillé mes jours ? Insuffisamment joui du soleil et de la mer ? Ce n’est que par la suite, à l’âge d’or des cinquante ans, temps plein de force calomnié par les poètes et par l’état civil, ce n’est que par la suite que l’on sait combien de richesse il y a dans les oasis sereines où l’on se retrouve avec soi-même, seul. Mais cela vient plus tard. » Des années après leur écriture, ces mots qui ouvrent la troisième partie de L’Art de la joie, auquel l’Italienne Goliarda Sapienza (1924-1996) a consacré neuf ans – de 1967 à 1976 – sans le voir publié de son vivant, résonnent de façon particulière. Sans doute, lorsqu’elle formulait ces phrases, l’autrice n’imaginait-elle pas que la véritable reconnaissance de son œuvre littéraire ne viendrait que longtemps après sa mort. Quand les éditeurs seraient prêts à accueillir une œuvre aussi audacieuse dans son style que dans son propos, avec pour héroïne une femme née en 1900, la Sicilienne Modesta, issue d’un milieu très pauvre et capable de tout pour conquérir sa liberté. Cette protagoniste tue en effet sans remords quiconque tente de l’enfermer. Elle aime celles et ceux qui pourront parcourir avec elle un peu de son chemin, d’autant plus périlleux qu’il traverse une Italie fasciste et patriarcale.

Le temps travaille pour l’autrice de L’Art de la joie. Si bien qu’aujourd’hui, son œuvre n’a jamais paru aussi jeune. Elle n’a jamais été aussi lue, aussi représentée. En France tout au moins, où son livre majeur accède au succès en 2005 grâce à sa publication chez Viviane Hamy dans une traduction de Nathalie Castagné. Il n’avait jusque-là été édité qu’à mille exemplaires en Italie chez un petit éditeur, et en Allemagne dans un tirage semblable. Impossible de savoir combien de temps aurait duré la flambée d’enthousiasme suscitée par…

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Auteur: Anaïs Heluin