Gouverner par la peur : démocratie sous tension

« Depuis 2015, on observe une instrumentalisation croissante de la menace sécuritaire. La peur légitime qu’ont ressentie les Français après les attentats permet toujours la même mécanique : des mesures d’exception temporaires qui deviennent permanentes », note Nathalie Godard, directrice de l’action chez Amnesty International France.

L’instauration de l’état d’urgence dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, en réaction aux attentats de Paris, a ouvert une brèche durable dans le système juridique français. Prolongé à six reprises, ce régime d’exception a été pérennisé avec la loi sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme (Silt) du 30 octobre 2017. Cette dernière a entériné dans le droit commun des mesures autrefois réservées à l’exceptionnel : perquisitions administratives sans juge, assignations à résidence ou fermetures de lieux de culte.


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Selon Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’Homme, « on habitue les personnes à ce qu’il y ait des restrictions de liberté et que la séparation des pouvoirs ne soit pas respectée. Tous les marqueurs d’une démocratie deviennent secondaires ». Ce glissement prolongé, ajoute-t-elle, dénature l’état d’urgence : « On a dit : “Très bien, on peut comprendre, il faut aller vite. Mais pas au-delà de 15 jours.” »

En août 2020, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, revendique plus de 8 000 personnes fichées S pour « radicalisation à caractère terroriste », avant de rappeler que la menace « demeur[e] extrêmement élevée sur le territoire ». Cette narration anxiogène justifie la reconduction indéfinie de dispositifs d’exception….

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Auteur: Maxime Sirvins

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