Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne), reportage
« Oh non, pas déjà… » Entre ses boucles noires, Melyah affiche une mine contrariée. Du haut de ses 7 ans, la fillette aperçoit la silhouette de son père en approche. « On vient juste de démarrer un atelier… », ronchonne-t-elle. Sous son chapeau de paille, Yann ravale son amour-propre face au succès de la « bambinerie », l’espace enfants du festival de rencontres des luttes locales et globales Les Résistantes, qui a réuni 7 000 personnes du 6 au 10 août dans l’Orne.
Deux grands tipis, un coin sieste, un programme foisonnant et des bénévoles qui se relaient pour encadrer jusqu’à 50 enfants… La bambinerie est un évènement dans l’évènement. « Le matin, mes filles sont ravies d’y retourner », se réjouit celui qui, le temps d’un week-end, renoue avec sa vie de militant écologiste.
Continuer à s’engager quand on devient parent est une gageure. Le constat est unanime. « J’étais militante avant d’être maman et enfanter m’a mise à distance », confirme Noémie, mère depuis cinq ans et cheville ouvrière de la bambinerie. Les femmes surtout, ont tendance à prendre du champ. « Malgré toutes mes connaissances théoriques, féministes, les premières années, c’était inextricable », soupire-t-elle.
Fatigue et contraintes logistiques
Au bingo des situations impossibles : les réunions qui démarrent avant l’heure du coucher, un usage frénétique des messageries chiffrées alors qu’on souhaite éviter les écrans devant les enfants. Et surtout, un manque de temps. « Tout le monde avait l’habitude de compter sur moi, et moi je n’y étais plus, confie Noémie. Pour me sentir bien à une réunion, il aurait fallu que tous les participants aient conscience de mes contraintes logistiques, de mon état émotionnel et de ma fatigue. C’était loin d’être le cas. »
Une méconnaissance de la parentalité parfois teintée…
Auteur: Amélie Mougey

