Périodiquement, dans la vie politique française, on réinvente l’eau chaude du « sentiment national », du « besoin de transcendance » patriotique et du « souverainisme de gauche », opposée aux froides et indésirables abstractions que seraient les besoins matériels, la conscience de classe, de race ou de genre, les luttes sociales qui les cristallisent, et les acquis qu’on leur doit. Afin, bien entendu de « ne pas laisser à l’extrême droite » le « monopole » de cette précieuse denrée politique. Malgré ses quarante années et cinquante nuances de République au compteur, ce coup mille fois tenté et mille fois foiré ne cesse de renaître de ses cendres, jusque dans des cénacles de gauche ou « révolutionnaires ». Le livre de Sarah Mazouz est donc bienvenu : en passant la notion au crible de la science sociale, il nous rappelle que la nation est une construction historique, que ses formes sont variables, et que sa fétichisation n’est jamais de bon augure. En une petite heure de lecture, il nous livre quelques rappels salutaires sur l’histoire structurellement oublieuse des constructions nationales, et sur les différents modes d’inclusion et d’exclusion dans la « nationalité ». L’extrait qui suit est précisément consacré au droit du sol, à sa valeur politique inestimable, et à ses ennemis, aujourd’hui plus acharnés et enragés que jamais.
Entre les deux conflits mondiaux, si l’Action française et certaines ligues d’extrême droite s’en prennent au droit du sol en tant qu’il donne accès à la nation hors des liens du sang, garants à leurs yeux d’une pureté du groupe national, leur point de focalisation devient très vite la loi de la nationalité de 1927 parce qu’elle facilite la procédure de naturalisation. Dans ce cas, il ne s’agit même plus des enfants né·es en France mais des personnes arrivées adultes en France qui peuvent devenir françaises plus rapidement, notamment parce que le temps de…
Auteur: Sarah Mazouz

