Bains-sur-Oust (Bretagne), reportage
« Le cresson des fontaines, ça t’intéresse pour l’hiver ? » Samia Guérin griffonne dans son carnet une liste de graines à commander pour les prochains semis. Sillonnant la cuisine à toute allure, Adrien Chouquet — le chef — répond à la volée. « Carrément. Et de l’aneth ? »
À la ferme auberge de La Morinais, nichée dans le pays de Redon, 100 % des légumes servis aux hôtes sont cueillis dans le potager du jardin. Un bonheur pour ce cuistot, bientôt riche d’une décennie derrière les fourneaux : « J’ai bossé dans des gastros où l’on cuisinait des petits pois du Kenya alors même que la saison battait son plein en France. »
Aux côtés de 400 figures de la profession, les gérants de La Morinais ont signé une tribune appelant au retrait de la loi Duplomb (promulguée le 12 août), publiée le 24 juillet dans les colonnes du Monde.
« Aujourd’hui, nous sommes inquiets, écrivent les auteurs. Inquiets de l’avenir de notre alimentation qui subit de plein fouet la crise climatique et la biodiversité. Inquiets de la hausse effrayante des cancers. Inquiets de la qualité des produits que nous servons, qui ne semble que se détériorer, ces derniers contenant toujours plus de résidus de pesticides. » Et d’ajouter cette punchline : « Nous faisons ce métier pour nourrir, pas pour empoisonner. »
Quelques jours plus tôt, Jacques Marcon, chef aux trois étoiles Michelin, adressait une lettre ouverte au sénateur Laurent Duplomb, artisan de la loi censée lever l’interdiction de pesticides toxiques — disposition censurée le 7 août par le Conseil constitutionnel.
« Aujourd’hui, j’ai honte de vivre en Haute-Loire, département dont vous êtes sénateur , lançait-il alors. Mais aujourd’hui, j’ai aussi honte de moi. Je n’ai fait que relayer les posts des ONG, des médecins qui alertent contre la recrudescence des cancers, de la…
Auteur: Emmanuel Clévenot

