Les grands projets d’infrastructure font l’objet d’une couverture médiatique soutenue au Canada et pour cause : leurs incidences sociales, économiques et politiques sont majeures. Pourtant, obtenir des données probantes en lien avec ces grands projets et leur performance est un défi de taille pour les chercheurs.
Les médias sont en effet nombreux à rapporter ces dernières années des dépassements de coûts et de délais. Toutefois, obtenir de la part des instances publiques des données permettant de documenter ces dépassements constitue une épreuve en soi.
En tant que professeurs en gestion de projet respectivement à HEC Montréal et à l’Université du Québec à Rimouski, nous nous sommes intéressés aux raisons pouvant expliquer cette difficulté.
Des lacunes en matière de transparence
La première entrave à la circulation des données probantes concerne l’attitude d’Ottawa, pour qui la transparence n’est pas prioritaire par rapport à la « protection des renseignements confidentiels du Cabinet ».
Cet argument est fréquemment invoqué par le gouvernement afin de rejeter les demandes d’accès à l’information (ou du moins, restreindre sensiblement leur portée) qui lui sont adressées par les chercheurs et les journalistes.
Cette position n’est pas nécessairement incompréhensible. Dans la mesure où les grands projets d’infrastructure constituent un sujet particulièrement sensible et que la grande attention médiatique dont ils font l’objet n’est pas toujours positive, elle peut participer à prévenir qu’un projet qui devrait d’abord être guidé par la science ne soit politisé à outrance.
Toutefois, elle peut également ouvrir la voie à ce que des projets soient conduits loin du débat public et de l’expertise scientifique, comme nous l’a assez récemment rappelé le ministre Benoît Charette en assurant qu’aucune évaluation environnementale n’empêcherait la construction du…
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Auteur: Maude Brunet, Professeure agrégée, Gestion de projets, HEC Montréal

